Archive des étiquettes : violent

ERREUR SUR LA PERSONNE

La table se détachait au milieu de la petite salle à manger dans le halo doré d’une chandelle qui se consumait lentement, semblant étirer les minutes en se jouant des lois de la physique. Autour de la nappe blanche qui descendait presque pudiquement jusqu’au sol se trouvaient deux chaises simples habillées de coussins au motif de patchwork coloré. Face à elles était dressé un couvert composé de deux assiettes achetées en grande surface, quatre verres à pied que l’on devinait bon marché, de couteaux et fourchettes au manche de résine jaune.…

UN APPÉTIT FÉROCE

La pluie s’abattait avec obstination sur la ville, gommant l’horizon dans un lavis grisâtre. Angelo était ramassé derrière la fenêtre, les yeux au ras de l’appui, le regard rivé sur le trottoir détrempé. La rue n’était parcourue que par l’interminable ruissellement pluvial qui glissait sans bruit. Dehors, tout était mort. Et à l’intérieur, il savait être le seul occupant de l’immeuble encore vivant.…

DANS UN CERCUEIL DE GLACE

Face au miroir de la salle de bain, Albane était comme hypnotisée par son œil gauche perdu dans une boursouflure d’un brun violacé. L’œuvre de ce monstre d’Armand. Son regard parcourait le reflet de son corps nu, relevant chaque ecchymose, en évaluant l’importance et le temps qu’il leur faudrait pour passer du brun au violet, au bleu, au vert, puis au jaune, avant qu’enfin ils s’effacent.…

AUX LIMITES DE LA RAISON

La première impression qui troua les ténèbres dans lesquelles était plongé Thomas fut la chaleur. Elle irradiait de l’arrière de son crâne, mais l’enveloppait également, couverture rassurante. Pour le reste, ce n’était que ténèbres. Un noir absolu qui gommait son corps et l’espace. Un néant où se perdait son souffle. Une absence de sensations qui lui donnait le vertige et la nausée. …

INSTINCTS DE CHASSE

La journée avait été mauvaise. Trois sangliers manqués, faute de précision dans le tir. L’un d’eux, blessé, avait réussi à s’enfuir, sans doute pour aller mourir on ne sait où. Qu’il crève l’enfoiré. Mathieu n’avait pas beaucoup aidé, d’ailleurs. Toujours à côté, tirant trop tôt ou trop tard, ou ne répondant pas aux appels de Jean-Claude. La forêt, grouillant de vie, refusait visiblement de célébrer la mort qu’appelaient les deux chasseurs.…

L’ENREGISTREMENT

(Bruit mat du micro que l’on pose sur une table. Bruits de feuilles que l’on tourne)

Voix de femme : Ça ne vous dérange pas que je nous enregistre ?

Voix d’homme : Heu… non. Mais pourquoi donc ?

— Cela me permet de noter les idées qui pourraient me venir pendant notre entretien.

— Si vous y tenez…

— Tout d’abord, merci beaucoup d’être venu jusqu’ici.…

J’AURAI TA PEAU

L’entrelacs des conversations était parfois percé par la stridence du percolateur déversant du café brûlant au fond des tasses blanches. Aux tables, était accoudée une population majoritairement ouvrière, chacun penché en avant sur son assiette pour débattre à la lumière orangée des suspensions de politique, de la famille et du travail pénible. Dehors, sur la terrasse, un couple se bécotait, imperturbable, malgré le passage des voitures sur le boulevard.…

DRESSÉ FACE À LA NUIT

Cela faisait bien vingt minutes que Fred et Anna se disputaient à l’avant, et Antoine avait cessé d’écouter ses amis, se faisant discret sur la banquette en regardant défiler le paysage de champs où paissaient quelques chevaux tranquilles. La raison de leur dispute était oubliée depuis longtemps, et il avait hâte que le gîte qu’ils avaient loué pour le week-end se montrât enfin.…

ET DANS LEURS YEUX, LES TÉNÈBRES

Le ciel hors de lui crachait des lézardes argentées comme pour pallier le départ du soleil. L’ondée s’abattait en rangs serrés contre le pare-brise agacé de cette mitraille entêtée qu’il tentait d’écarter à grands coups d’essuie-glace paniqués. Dans la voiture, Gaïa, le regard perdu vers l’horizon maussade pointé par la route départementale déserte, serrait les mains sur le volant comme pour l’étrangler.…

INTRUSION

Comme souvent depuis le grand effondrement, il s’approcha de la fenêtre de son salon pour jeter un œil sur le monde dévasté qui s’étendait au-delà du mur d’enceinte de sa vaste propriété. Jumelles à la main, il effectua un lent panoramique sur les restes de la ville. Dans le cercle cinématographique de l’instrument d’optique, il voyait les rues jonchées de détritus et de décombres indéfinissables où des carcasses de véhicules à demi incendiées finissaient de rouiller dans l’air vif du matin.…